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2004 Libération
Petit et kamikaze Qu'est-ce qui
a poussé Houssam, 16 ans, à tenter
une opération-suicide contre un barrage
israélien ? Sa famille dénonce
la mise en scène médiatique tandis
que Tsahal pointe l'embrigadement de mineurs
par les extrémistes palestiniens. À
Naplouse, ses proches témoignent. Tamam Abdou n'arrive toujours
pas à croire que c'est bien son fils,
Houssam, 16 ans, qui a été arrêté
mercredi dernier par l'armée israélienne
au barrage militaire de Haouara, à la
sortie de Naplouse, bardé de plusieurs
kilos d'explosifs. « Je ne comprends pas
comment mon fils, mon petit dernier, qui dort
encore avec son ours en peluche, a pu se laisser
monter la tête et porter cette ceinture.
» Tamam, 50 ans, entourée de ses
trois filles et de son petit-fils reçoit
dans la confortable maison familiale sur les
hauteurs de Naplouse. La mère et deux
de ses filles portent le voile islamique, la
troisième, Chérine, 21 ans, est
en jeans, tee-shirt et tête nue. Bilal,
le père, à cette heure, est derrière
le comptoir de son épicerie. « Il n'a pas
vu de parents mourir devant lui ou des choses
si choquantes qui auraient pu l'amener à
vouloir se venger. » Guerre psychologique Selon des témoins palestiniens,
qui faisaient la queue au barrage de Haouara
en ce mercredi après-midi, Houssam aurait
crié à leur intention : «
Éloignez-vous, je porte une ceinture
explosive ! » Les soldats israéliens,
qui l'avaient repéré, ont pris
position derrière leurs abris, ont pointé
leurs armes l'enjoignant de stopper. Houssam
s'est rendu. Après le désamorçage
de l'explosif, rien n'a été caché
aux télévisions et photographes.
Au contraire. La guerre psychologique aussi,
est féroce. Deux jours plus tôt,
Cheikh Yassine, le fondateur et guide spirituel
du mouvement islamiste extrémiste Hamas,
avait été liquidé lors
d'un raid israélien à Gaza. La
frappe faisait partie d'une série de
représailles contre la direction du Hamas,
annoncées par Tsahal à la suite
d'un double attentat-suicide dans le port d'Ashdod,
commis par deux jeunes Palestiniens. L'un de
17 ans, l'autre de 18. En représailles
à la mort du Cheikh Yassine, les brigades
Ezzedine al-Qassam du Hamas ont promis aux Israéliens
« un tremblement de terre ». « Le paradis
ou les 70 vierges ? » « Les semaines passées,
réagit Chérine, l'armée
a dit avoir arrêté de nombreux
enfants, comme ce gamin de 11 ans. » Le
15 mars, elle déclarait avoir appréhendé
Abdallah Kouran, au barrage de Haouara, en possession
d'un sac contenant des explosifs qu'il transportait
à son insu. « Des témoins
au barrage ont dit qu'il y avait des pièces
détachées de voiture dans son
sac », affirme Chérine. Il fut
libéré le jour même. Houssam
Abdou, lui, est détenu au camp militaire
du Haouara. Sa famille dit qu'il pourra voir
un avocat après une période d'interrogatoire
de quatorze jours. Il sera jugé par un
tribunal militaire israélien car les
Israéliens considèrent qu'à
16 ans il n'est plus mineur. Cette règle
s'applique seulement aux territoires occupés.
En Israël, la majorité est à
18 ans. Tamam dit avoir parlé à
son fils juste après son arrestation
: « Un officier israélien m'a appelée
en m'apprenant ce qu'avait fait Houssam. Puis
il m'a laissée brièvement lui
parler. Sa voix tremblait de peur. Il m'a dit
qu'il avait faim et sommeil » Les larmes
aux yeux, Tamam s'interroge sur le groupe palestinien
qui a endoctriné son fils : « Qu'ont-ils
bien pu lui promettre. Le paradis ? Les 70 vierges
? » « Il avait
même peur du noir » La sur aînée
de Houssam, Maïsoun, 29 ans, ajoute : «
Nous connaissons ici des familles dont les fils
ont commis des opérations martyres et
c'était inévitablement pour venger
un proche ou parce qu'ils ne supportaient pas
de voir leur pays à feu et à sang
» Tirant sur une cigarette tandis qu'elle
sirote un épais café turc, la
jeune femme se dit perplexe quant aux motivations
de son frère : « Il ne parlait
jamais de vouloir mourir en martyr. C'est encore
un petit garçon. » « II devrait y avoir
une limite d'âge » Pourtant, plusieurs attaques-suicides
revendiquées par ce groupe ainsi que
par le Hamas et le Djihad islamique ont été
menées par des mineurs. « Oui,
mais alors ces jeunes gens devaient être
plus mûrs que mon fils! », s'écrit
Tamam. Elle se fâche : « On a dû
lui promettre le paradis. Une vie dans l'au-delà,
sans problème. Je crois que les enfants
n'ont pas conscience de la mort et c'est pour
cela qu'ils doivent être adultes et en
possession de toutes leurs faculté intellectuelles
pour devenir martyrs » Derrière
le comptoir-de son épicerie, le père
d'Houssam, Bilal, 54 ans, ne se dit pas opposé
par principe aux attaques-suicides tant qu'elles
sont menées par des adultes. «
Il devrait y avoir une limite d'âge. Je
crois qu'à partir de 20 ans c'est acceptable
car c'est un adulte et non plus un enfant manipulé
qui prend la décision de mourir. »
Le père ajoute : « Si mon fils
avait réussi, je serais dévasté.
Je n'ai que deux fils, alors me dire qu'il serait
mort en martyr ne me réconforterait guère.
Je ne peux pas croire un instant que des parents
se réjouissent réellement de la
mort de leurs enfants même si c'est au
front. » Un client dans l'épicerie
réagit : « Bilal n'est pas très
religieux. Les opérations martyres ne
l'exaltent pas. C'est quand même un bon
musulman. » Une gamine raconte qu'Houssam
était ces derniers temps toute la journée
sur le trottoir ou dans le magasin de bibelots
qui jouxte l'épicerie et qui appartient
aussi à la famille. « Cela doit
être pendant cette période qu'il
a été recruté, dit Tamam.
Soit ils l'ont dégoûté de
l'école, soit ils ont profité
de ses problèmes à l'école.
» Mouïad Al-Araïché,
21 ans, dit que son ami Houssam était
très complexé par sa taille. «
Je ne dis pas qu'il s'est engagé pour
ça, mais sincèrement tout le monde
se moquait de lui et il en était très
malheureux. C'est dur d'avoir l6 ans et de ne
pas en faire plus de 10 pour un garçon.
Peut-être a-t-il voulu prouver qu'il était
capable d'un acte héroïque contre
l'occupant, comme mourir en martyr. »
A la chaîne 10 de la télévision
israélienne, qui lui demandait, juste
après son arrestation, « Pourquoi?
», Houssam avait répondu : «
Parce que tout le monde se moque de moi. » Alice Beaumont |