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2002
Le Nouvel Observateur Portrait de la première femme kamikaze L'auteur de l'attentat-suicide
de dimanche à Jérusalem est Wafa
Idris, une jeune femme de 27 ans. Divorcée
et secouriste volontaire, elle vivait avec sa
mère dans un camp de réfugiés
de Ramallah. Portrait Wafa Idris, la jeune femme
identifiée comme l'auteur de l'attentat
de Jérusalem dimanche, secouriste volontaire
auprès des blessés palestiniens
de la nouvelle intifada, avait elle-même
été blessée à trois
reprises par des balles en caoutchouc israéliennes,
selon ses proches. Mais Wafa Idris, 27 ans,
n'avait jamais confié à sa famille
qu'elle appartenait à un quelconque mouvement
politique. Les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa,
groupe armé issu du Fatah de Yasser Arafat,
ont revendiqué l'attentat commis par
Wafa Idris, en réponse aux actions militaires
israéliennes et notamment au confinement
d'Arafat. Dans leur communiqué, les Brigades
parlent d'une « opération-martyre
», laissant entendre qu'il s'agissait
bien d'un attentat-suicide. Et que Wafa Idris
est bien la première « chahida
» (martyr) de l'histoire de l'intifada.
Divorcée, sans enfants, elle vivait avec
sa vieille mère et d'autres membres de
sa famille dans le camp de réfugiés
d'Amari, à Ramallah. Dimanche, comme
chaque jour, elle est partie, comme si elle
allait au travail, avec le Croissant-Rouge palestinien. « Comme d'habitude
» « Elle est partie comme
d'habitude, un sourire aux lèvres, courant
comme si elle volait », raconte sa mère
Wasfia, assise à même le sol sous
un portrait d'Arafat dans sa modeste maison
de deux pièces. Quelques heures plus
tard, une femme faisait exploser une bombe de
forte puissance en plein centre de Jérusalem,
entraînant dans la mort avec elle un vieil
Israélien de 81 ans et blessant plus
d'une dizaine de personnes. « Si j'avais
su qu'elle allait là-bas, je l'en aurais
empêchée », soupire sa mère.
Ne la voyant pas revenir dimanche en fin d'après-midi,
la famille commença à l'appeler
sur son téléphone portable. En
vain. Et mardi soir, la police palestinienne
apportait la nouvelle de la mort de leur Wafa,
première femme kamikaze de l'intifada.
La police israélienne, elle, n'a toujours
pas rendu publique son identité, expliquant
encore mercredi qu'on ne savait pas s'il s'agissait
d'un suicide délibéré ou
si la jeune femme entendait déposer sa
bombe et quitter les lieux. Les parents de Wafa
avaient quitté la ville de Ramle, en
Israël, en 1948, lors de la première
guerre israélo-arabe. Cette famille pauvre
se retrouva dans les allées tortueuses
du camp d'Amari, qu'elle n'a pas quitté
depuis, vivant à l'étroit dans
cette maisonnette de béton. Trois frères
membres du Fatah Ses trois frères sont
membres du Fatah, et l'un d'eux est recherché
par Israël. Ils ont un taxi, travail qui
fait vivre toute la famille, mais de plus en
plus chichement, car dans une économie
en lambeaux les courses en taxi se font rares.
Selon ses proches, Wafa Idris était une
jeune femme gaie, mais au caractère bien
trempé, capable de grosses colères.
En tant que secouriste, toujours en lisière
des affrontements israélo-palestiniens,
Wafa avait été blessée
à trois reprises. Sa belle-sur,
Wissam Idris, dit avoir noté une évolution
chez elle depuis le début de la nouvelle
intifada, en septembre 2000. « Quand elle
rentrait du travail, elle nous parlait des blessés
qu'elle avait soignés, et elle semblait
très touchée. Elle disait : «
Si je meurs, je veux mourir en martyr. ».
Sur la photo de son mariage, Wafa Idris a de
longs cheveux châtain bouclés,
un léger sourire. Le couple a divorcé
au bout de huit ans de mariage, quand il devint
clair que Wafa ne pouvait pas avoir d'enfants.
Elle retourna donc vivre dans la maison familiale,
où son coin est sombre et dénudé
: un vieil ours en peluche sur une table, quelques
photos, une brosse à cheveux, de rares
produits de beauté. Mercredi, la famille
de la « chahida » s'est installée
provisoirement chez des voisins, de peur d'être
la cible d'une attaque israélienne. Car
parfois, en représailles après
un attentat, Tsahal bombarde la maison du kamikaze.
(AP) |