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1943 en France occupée. Un attentat-suicide a eu lieu


Son auteur était un proche d'Antonin Achard qui reste hanté par ce drame sans pouvoir en saisir le sens, au point que sa propre existence s'en trouve menacée. Il sait qu'il ne peut survivre s'il demeure sans entrer dans le cerveau qui a produit un tel acte.


Pour cela il doit d'abord revenir sur son passé, depuis le premier temps de la rencontre, en Avril 1931. Remémoration pour laquelle il use d'une langue qu'il a inventée dans l'enfance afin de jouir du jeu avec les mots, mélange d'argot et de vieux français lu au patronage, symbole de vie et de liberté contre les forces de mort : « C'était langue véridique, munie d'une syntaxe et d'un vocabulaire, mais avec miens mots et miennes manières de les mettre en combine... »


Ensuite, soutenu par son désir de vivre et de jouir, il peut, traversant notre époque - et au-delà de ce jour de Septembre 2001 - consacrer toutes ses forces à son enquête sur les origines de l'attentat-suicide, dans les méandres de l'Inconscient…

 

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« PAROLE DE FOUDRE »

de Robert CAPPADORO


19,99 €
Frais de livraison 7,85 €
(sous 5 à 10 j.)

Version imprimée: 672 pages, Format Poche 10,8 x 17,5 cm, perfect reliure, black and white encre intérieure
Éditeur: Robert CAPPADORO
Copyright © 2006
Standard Copyright License
Langue: French
Pays : France
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« PAROLE DE FOUDRE »
Extraits

page 7 : la langue d'Antonin

[…] C'était langue véridique, munie d'une syntaxe et d'un vocabulaire, mais avec miens mots et miennes manières de les mettre en combine. J'y faisais mixture du bon vieil argomuche en universelle jactance dans les bas quartiers de Limoges où j'avais grandi, et de tournures de vieux français issues des romans de chevaliers dont un curé, au patronage, nous faisait la lecture. En outre, point n'étais craintif d'y faire introduction de constructions fautives, dès lors qu'à mon esgourde elles sonnaient agréables. Dans les pages qui viennent, je jouerai contrepoint de deux voix : celle du vieil homme que je vais devenant et celle de l'enfant en moi demeurant. L'auteur de telles lignes est, en un seul temps, le vioque de soixante-cinq balais que je suis aujourd'hui et le môme jouant avec les mots que j'étais à treize berges. Ce que tu vas lisant - cher lecteur, sache-le - ce n'est point mon parler de l'époque, c'en est la souvenance, mise en Littérature. C'est-à-dire en musique. […]

 

 

« PAROLE DE FOUDRE »

de Robert CAPPADORO

 

   

page 13 : la rencontre

[…] Mon histoire est celle de quatre pupilles de l'Assistance, quatre mômes sans daron ni daronne, sans que dalle ni quiconque pour les déventouser du monde qu'ensemble ils sont venus formant : Marthe, Céline, Pierre et mézigue. Dedans tel récit, ce que je n'ai point en propre vécu m'a été conté par l'un des trois autres. Des parlottes qu'entre eux avaient eues et me sont venus rapporter par suite point ne leur restait de sentences précises. Si, dans les passages où j'en ferai reconstruction sous forme de dialogues, aurai-je cure, bien conoblant les personnages, d'en tenir l'esprit en respect à défaut de la lettre. […]

 

 

« PAROLE DE FOUDRE »

de Robert CAPPADORO

 

     

page 16 : journal de Marthe (30 avril 1931 - 12 h 34)

[…] En ce jour, à cette heure, j'entreprends la rédaction de mon Journal. Depuis la nuit du 8 avril, il est arrivé beaucoup de choses extraordinaires. Je pressens qu'elles auront sur le reste de ma vie des conséquences durables, mais j'en distingue encore mal toute l'étendue. C'est pourquoi j'ai décidé de prendre note ici, dans les moindres détails, de tout ce qui s'est passé, afin d'en conserver un compte-rendu précis, que je pourrai consulter si besoin est. Je le fais pour le cas où je vienne un jour à oublier quelque chose, ceci me paraissant néanmoins peu probable, car ce qui est arrivé s'est profondément gravé dans mon esprit. Tout a commencé par l'inondation. Dès le début de l'orage, qui nous a alertées par sa violence, nous nous sommes levées et habillées en hâte. L'Hospice des filles étant bâti juste au bord de la Vienne, le rez-de-chaussée a été envahi par l'eau en quelques minutes. […]

 

 

« PAROLE DE FOUDRE »

de Robert CAPPADORO

 

     

page 179 : Gaétan bibliothécaire ou professeur ?

[…] Dans le petit bureau fleurant bon l'encaustique et que gagne l'obscur, car la nuit tombe tôt en plein mois de janvier, une étrange vision se forme en ton esprit : derrière Gaétan, debout, sur une estrade, devant un tableau noir, une maîtresse d'école, dans une longue robe à petit col serré, écrit sur un tableau… Lentement, elle se tourne et tu la reconnais : c'est Marthe, elle a changé, elle n'a plus treize ans, c'est une jeune fille - d'une grande beauté. Toi, tu n'es qu'un enfant. Elle voit que tes doigts sont tachés par les mures cueillies dans les buissons de l'école buissonnière. Lors que Marthe te parle, nul son ne te parvient. Ignorant ses paroles, tu ne peux lui répondre. Toujours dans le silence, elle te parle à nouveau. Et tu sens ton visage qui s'empourpre de honte... Tu as le sentiment qu'elle a mis à profit - bien qu'elle n'en ait point eu l'explicite intention - le statut de « maîtresse » qu'elle s'était octroyé, pour te manipuler tel pâte malléable. Tu vas te demandant si, au fin fond du fond, tu ne lui as point servi de sujet d'expérience pour son futur boulot ? Adonc te vient la rage qu'elle t'ait manipulé ! Or le projet de Gaétan - combien qu'il soit, d'évidence, lui aussi généreux d'origine - tient grand tort de ressembler tel comme deux gouttes d'eau au piège dans lequel Marthe t'a enfermé ! Gaétan t'a confié qu'il a songé - un temps - à faire des études grâce auxquelles il eût pu réaliser son rêve : embrasser la carrière de Professeur de Lettres. […]

 

 

« PAROLE DE FOUDRE »

de Robert CAPPADORO

 

     

page 372 : journal de Marthe (13 avril 1938 - 18h56)

[…] Lorsque je reprends les choses en y réfléchissant posément, il m'apparaît tout d'abord qu'Antonin, en devenant un homme, n'a rien perdu de l'originalité dont il faisait preuve lorsque je l'ai connu : tout autre que lui eût cherché à me voir, m'eût écrit une lettre, bref se fût montré banal. Antonin n'est pas tel ; il a tenu à me faire écho en s'effaçant derrière un texte qui ne me parlât qu'indirectement. Répondre sur le même mode que moi : n'est-ce pas en appeler à une relation faite de complicité, de connivence, et par là même d'autant plus précieuse ? Jamais, il est vrai, je n'eusse imaginé pareille réponse : la forme qu'il lui a donnée m'a désarçonnée, mais, dans son principe, cette réponse ne témoigne-t-elle pas d'une confiance dans un rapport fondé sur le tacite, l'implicite ? et cela après tant d'années de séparation, au cours desquelles nous eussions pu diverger, nous perdre ! Laisser un texte parler à sa place, c'était m'apporter la preuve qu'il est resté fidèle à cet amour de la Littérature que nous partagions dans notre adolescence ; et s'il l'a écrit dans sa « langue » d'enfance (dont je n'ai pas su alors goûter la saveur et que j'ai même cherché à lui faire « effacer ») n'était-ce pas une manière de faire retour à cette époque où je le « reprenais » comme une maîtresse d'école, mais en s'affirmant face à moi désormais ? […]

 

 

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de Robert CAPPADORO

 

     

page 372 : journal de Marthe (10 mai 1938 - 23h 18)

[…] Je me serais attendue à tout… sauf à ce qui s'est passé ! Aujourd'hui, il était convenu que je ferais un saut chez Céline, pour lui dire bonsoir… Lorsque je suis arrivée, à l'heure dite, j'ai découvert, sur le palier, devant son appartement, dont la porte était grande ouverte, un groupe de femmes, des voisines, en train de parler entre elles à voix basse, en jetant de temps à autre des coups d'œil à l'intérieur. Lorsqu'elles m'ont aperçue, elles se sont tues ; parmi ces femmes, la plupart me connaissent et n'ignorent pas la profondeur de mon affection pour Céline ; avec des mines graves, elles m'ont dit bonjour de la tête ; je me suis précipitée, elles se sont écartées ; l'une d'elles, à mon passage, a murmuré : « C'est la neurasthénie ! » Arrivant à la porte, j'ai découvert, saisie de stupeur, un appartement ravagé, dont tous les meubles étaient renversés, brisés, défoncés comme sous l'effet d'une tornade, dans lequel plus aucun ustensile, plus aucun bibelot, ne demeurait intact et que jonchaient des milliers de débris éparpillés sur le sol. Au milieu de ce champ de ruines, assise sur une chaise, les mains posées sur les genoux, droite, raide, immobile, regardant devant elle d'un œil fixe et vide : Céline… Penchée sur elle, une main sur son épaule, une dame que je connais lui parlait à voix basse, avec sollicitude, mais Céline ne semblait même pas s'apercevoir de sa présence. […]

 

 

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de Robert CAPPADORO

 

     

page 532 : « Le vendredi 2 juillet 1943… »

[…] Pour garder le parti de la vie contre celui de la mort, j'ai envisagé, un moment, de poursuivre ce récit en continuant d'utiliser « ma langue ». Mais je ne le ferai pas. Parce que, tout simplement, cela n'est pas possible. « Ma langue » était liberté, jeu, rire, jouissance, poésie et musique. De ce qui vient tout jeu, tout rire, toute jouissance, toute musique et poésie sont exclus. Fini de jouer, fini de jouir. Fini de rire. Le vendredi 2 juillet 1943, j'ai découvert dans le journal un article qui a provoqué en moi un choc terrible. Je l'ai immédiatement fait lire à Marthe. Dès les premières lignes, elle a tressailli, puis, sa lecture terminée, laissant glisser les pages, elle a regardé au loin par la fenêtre. […]

 

 

« PAROLE DE FOUDRE »

de Robert CAPPADORO

 

     

page 560 : Antonin apprend les circonstances du drame

[…] Un silence gêné s'est installé. Puis cet homme admirable a prononcé les paroles les plus fortes que j'aie jamais entendues de ma vie :
-- Je n'ai pas voulu en parler parce que c'était quelque chose de trop énorme pour être dit. J'ai pensé que c'était dégradant pour l'Humanité de révéler qu'un être humain avait fait une chose pareille. J'en éprouvais du dégoût. J'en avais presque honte moi-même. Voilà pourquoi je me suis tu. Je me sentais sali d'avoir assisté à ça et je me serais senti encore plus sale en le disant. Là, j'avais un peu l'impression d'avoir rêvé, d'avoir fait un " cauchemar éveillé ». Mais si j'en avais parlé, si je l'avais raconté à quelqu'un, il aurait fallu aussi en parler à d'autres. Il aurait fallu que je réponde à des questions, que je donne des détails. Et ça, je n'aurais pas pu…
Il s'est tu un instant, puis il a rajouté :
-- Si j'ai fini par le faire, c'était pour vous, sans vous connaître. Et maintenant que je vous connais, je me dis que j'ai eu raison…
Bien que j'eusse le sentiment que cet homme voyait clair en mon âme, j'ai voulu vérifier jusqu'à quel point il m'avait compris. J'ai demandé :
-- Pourquoi ?
Il m'a répondu :
-- Parce que si vous n'aviez pas appris la vérité, je crois qu'il vous serait arrivé quelque chose… […]

 

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de Robert CAPPADORO