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PAROLE DE LECTEUR
Voilà certes
un roman « romanesque », c’est-à-dire
heureusement composé, comme doit l’être
tout roman, pour captiver l’intérêt
du lecteur – quand cet intérêt
doit se manifester d’abord par le plaisir.
Je dis : « d’abord », parce
que le plaisir est ce qui doit venir –
dès l’abord – en toute
lecture, ne serait-ce que pour donner envie
de la poursuivre. Oui, en lisant ce roman,
je n’ai pas cessé d’éprouver
ce plaisir « romanesque »
que connaît tout lecteur rencontrant
des « personnages » pris dans
une « histoire » contée
de telle façon qu’il s’attache
à eux. Rien d’abstrait ici :
la dévotion amoureuse et l’ambition
de survivre, le désir de jouir, mais
aussi la haine meurtrière, et la peur
et l’envie, la folie et la lucidité…
Liste non exhaustive : rien de ce qui est
humain (trop humain ?) n’est étranger
à ce roman.
Mais, si j’ai commencé par dire
qu’il est « comme doit l’être
tout roman », c’est bien entendu
pour mieux insister maintenant sur tout ce
qui le fait très remarquable, et même
parfois hors des normes, par certains de ses
aspects : une grande œuvre.
Ce qui saisit dès la première
ligne, c’est l’usage de la langue
inventée par le personnage central,
Antonin : << C'était langue véridique
mais avec miens mots et miennes manières
de les mettre en combine. J'y faisais mixture
du bon vieil argomuche en universelle jactance
dans les bas quartiers de Limoges où
j'avais grandi et de tournures de vieux français
issues des romans de chevaliers dont un curé,
au patronage, nous faisait la lecture... >>
Ce qui est ici remarquable, c’est que
cette langue n’est pas celle du romancier
Robert Cappadoro, mais, à proprement
parler, une « action » (romanesque).
Particulière au personnage du narrateur-acteur
qui l’a inventée et qui en use
dans un moment particulier de son parcours,
cette langue lui est dramatiquement nécessaire
dans toute la première partie de son
récit. Nécessité qui
ne peut qu’amplifier le plaisir intense
que le lecteur éprouve à entendre
Antonin le conter dans cette langue inouïe,
et tant savoureuse que signifiante.
Mais d’ailleurs, si le récit
est toujours « à la première
personne », il y a plusieurs «
premières personnes », qui vont
se distinguer par la façon dont elles
s’approprient la langue, et ainsi se
situer, s’affronter, exister. Et si
chaque récit est toujours écrit
à la première personne, le ton
fondamental du roman n’est pas celui
de l’intimisme. Au contraire.
C’est que, au long des 670 pages de
‘Parole de Foudre’, chacun des
personnages principaux, même présent
« subjectivement », est vu et
compris (par le lecteur) tel qu’emporté
dans les mouvements collectifs, ou parfois,
ce qui revient au même, tel qu’il
s’efforce de résister à
cet emportement. Et, parlant de mouvements
collectifs, je ne pense pas qu’aux historiques
(sociaux, politiques, etc.) mais aussi, ce
qui peut être moins attendu, à
ceux qui se développent dans l’Inconscient…
Et c’est pour moi le second caractère
très remarquable de ce roman : la façon
dont sont traversés, pour être
poétiquement reliés, ces différents
plans : de celui de l’individuel conscient
vers celui du collectif historique, autant
que vers celui de forces agissant plus souterrainement.
La quatrième de couverture cite l’événement
critique, celui en lequel tous ces plans se
croisent : « En 1943, en France occupée,
un attentat-suicide a eu lieu… Son auteur
était un proche d’Antonin Achard,
qui reste hanté par ce drame, sans
pouvoir en saisir le sens, au point que sa
propre existence s’en trouve menacée.
Antonin sait que lui-même ne peut survivre
s’il demeure sans comprendre. …
»
Patrick GUILLOT